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Succession : pourquoi la fiscalité est jugée trop lourde en France ?

Article publié le 16 Décembre 2025 | 3 minutes de lecture

La fiscalité successorale revient au cœur du débat public, dans un contexte marqué par la hausse continue de la valeur des patrimoines, l’absence d’adaptation des barèmes à l’inflation et l’imminence d’un transfert générationnel massif en France. Longtemps perçus comme un sujet technique réservé aux notaires et aux fiscalistes, les droits de succession sont désormais considérés par une large majorité de Français comme un frein à la transmission du patrimoine familial.

Un sondage OpinionWay réalisé pour Les Échos et Le Conservateur met en lumière une contestation nette et structuréedu système actuel, tant sur son niveau que sur son manque de lisibilité et d’équité.

 

Un rejet massif des droits de succession en l’état actuel

Les résultats du sondage sont sans appel. Près de 7 Français sur 10 estiment que les droits de succession sont trop élevés, une proportion stable mais toujours très majoritaire. Cette perception dépasse les clivages générationnels et socioprofessionnels, signe d’un malaise profondément ancré.

Dans le détail, 58 % des personnes interrogées considèrent que la France taxe davantage les successions que ses voisins européens, renforçant l’idée d’un décrochage fiscal et d’une perte d’attractivité du modèle français. Plus encore, 60 % des Français souhaitent explicitement une réduction globale de la fiscalité successorale, confirmant que le sujet n’est plus marginal mais central dans les préoccupations patrimoniales.

Interrogés sur les leviers à actionner en priorité, les répondants privilégient plusieurs pistes complémentaires :

  • l’augmentation des abattements existants, citée par 37 % des sondés,

  • l’élargissement des abattements à certains types de biens, pour 36 %,

  • la modification du barème progressif des droits de succession, évoquée par 35 %.

Ces réponses traduisent une attente claire : moins de fiscalité punitive et davantage de cohérence avec la réalité économique des patrimoines.

 

 

L’inflation, grand angle mort de la fiscalité successorale

L’un des reproches majeurs adressés au système actuel concerne l’absence totale d’indexation des barèmes sur l’inflation62 % des Français jugent nécessaire une révision des seuils prenant en compte la hausse du coût de la vie, un chiffre révélateur du décalage croissant entre les règles fiscales et la réalité patrimoniale.

Concrètement, cette absence d’indexation a un effet mécanique : de plus en plus de transmissions basculent dans les tranches taxées, sans que la richesse réelle des ménages n’ait fondamentalement augmenté. La simple revalorisation des biens immobiliers suffit désormais à déclencher une fiscalité significative.

En ligne directe, l’abattement reste fixé à 100 000 euros par parent et par enfant, un seuil inchangé depuis de nombreuses années, alors même que les prix de l’immobilier ont fortement progressé. Au-delà de cet abattement, le barème des droits de succession peut atteindre jusqu’à 45 %, un niveau jugé excessif par une large partie de l’opinion.

Sans surprise, 68 % des Français souhaitent une amélioration de ce dispositif, notamment par une revalorisation des abattements ou une adaptation du barème aux réalités économiques actuelles.

 

 

Donation et assurance-vie : les outils patrimoniaux plébiscités

Face à une fiscalité perçue comme rigide et pénalisante, les Français se tournent naturellement vers les outils d’anticipation, considérés comme les seuls moyens efficaces pour limiter l’impact des droits de succession.

La donation anticipée apparaît comme le levier prioritaire. 38 % des sondés la citent comme la solution la plus efficace pour réduire les droits, devant toute autre stratégie. Les attentes sont claires : une hausse des plafonds de donation et une réduction du délai de 15 ans entre deux donations, jugé trop long au regard des cycles de vie et des besoins des générations plus jeunes.

L’assurance-vie reste l’autre pilier incontournable de la transmission patrimoniale. Elle bénéficie d’un cadre fiscal spécifique, avec :

  • un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans,

  • un abattement global de 30 500 euros pour les primes versées après 70 ans.

Toutefois, là encore, ces seuils n’ont pas été revalorisés depuis de nombreuses années, alimentant le sentiment d’un système figé et de moins en moins adapté aux patrimoines actuels.

Le pacte Dutreil, stratégique mais largement méconnu

Parmi les dispositifs existants, le pacte Dutreil occupe une place à part. Conçu pour faciliter la transmission des entreprises familiales, il permet une exonération pouvant aller jusqu’à 75 % des droits de mutation, sous réserve du respect de conditions strictes de détention et de conservation.

Malgré son efficacité, le dispositif reste largement méconnu. Moins de 2 Français sur 10 sont capables de définir précisément ce qu’est un pacte Dutreil. Pourtant, parmi ceux qui en ont connaissance, 92 % estiment qu’il devrait être rendu plus lisible et plus accessible, preuve que la complexité juridique constitue un frein majeur à son utilisation.

Ce mécanisme concentre aujourd’hui une part croissante des débats parlementaires, à la croisée des enjeux de transmission, de continuité des entreprises et de préservation du tissu économique familial.

 

 

Une fiscalité successorale sous tension face à la réalité patrimoniale

Au fil des années, un constat s’impose : le décalage entre des barèmes figés et la valorisation continue des patrimoines alimente un sentiment d’injustice fiscale. Ce fossé fragilise l’acceptabilité des droits de succession et pousse de plus en plus de ménages à chercher des solutions d’optimisation, parfois tardivement.

Dans ce contexte, l’anticipation devient un enjeu central, bien au-delà de la seule optimisation fiscale. Donations, assurance-vie, structuration juridique et accompagnement patrimonial s’imposent comme des outils indispensables pour transmettre dans de bonnes conditions.

La fiscalité successorale apparaît ainsi comme un sujet patrimonial hautement sensible, au croisement des attentes sociales, des contraintes budgétaires de l’État et de la nécessité de préserver la transmission intergénérationnelle. Plus que jamais, la préparation et la structuration du patrimoine restent les clés d’une succession maîtrisée.

 

 

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